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- Interview
de Philippe Barraqué
- paru
dans le magazine français Tao yin
-
Une des
formes de musicothérapie énergétique
les plus anciennes et les plus traditionnelles
consiste à utiliser la voix, bien sûr comme harmonisant
psychique, mais aussi comme massage stimulant les énergies
subtiles du corps. Musicologue (Université
de Paris 8), thérapeute de la voix et compositeur, auteur
d'ouvrages de référence sur la musicothérapie,
Philippe Barraqué travaille également avec les mantras
et les sons taoïstes. C’est dans le cadre de ses activités
que nous l’avons rencontré.

Qu’est-ce qu’un
son taoïste ? P.B. : On a l’habitude de dire « sons taoïstes
», mais je serais beaucoup plus nuancé et je parlerais
plutôt d'expirations sonorisées, d’expirations de souffles
morts. Bien sûr, il y a différentes écoles,
et tout le monde n’est pas d'accord sur les problèmes de
sons et de voyelles. Mais la langue chinoise, avec ses différents
tons, ses traductions, sa phonétique, est telle que, pour
un même son supposé, on a plusieurs prononciations.
Pour ma part, je crois beaucoup aux sons spontanés,
aux sons intuitifs, et je reste persuadé, qu’aussi bien dans
le Yoga que dans le Taoïsme, tout est parti d’un concept très
simple dont l’objectif était de relier les éléments
et de reproduire les sons de la nature. Aussi, mon point de
départ a-t-il été, à partir de cours
de Tai Chi, d’ajouter simplement la dimension sonore, qui était
souvent occultée en Occident.
Quelle est l’origine
traditionnelle de ces sons ? P.B. : Ils sont évidemment fondés
sur les cinq éléments : bois, feu, terre, métal
et eau ; mais, ici, la terre est en quelque sorte double, à
la fois terre du ciel et ciel de la terre. Comme chacun le
sait, ces éléments sont reliés à des
organes, mais on peut également les relier à des viscères
creux, et, bien sûr, à des sons.
On a donc cinq
sons pour cinq éléments, mais, puisque la terre est
double, un sixième son est en rapport avec le méridien
Trois réchauffeurs. Il faut rappeler aussi que dans la tradition
chinoise, c’est l'union du ciel et de la terre qui produit les six
souffles initiaux et qui donnent naissance aux cinq éléments.
En fait, cet élément terre est à la fois enraciné
au niveau de la rate, et exprime la globalité du corps par
le méridien Trois réchauffeurs qui commande certaines
de nos fonctions. Quant à la gamme pentatonique chinoise,
elle se compose seulement de : fa, do, sol, ré, la, qui,
bien sûr, seront développés en différents
modes musicaux avec l’évolution de la gamme chinoise au cours
des millénaires.
Pourquoi attribuer
des notes ? P.B.
: Effectivement, il s’avère que, dans la pratique, ces expirations
sonorisées ne demandent pas nécessairement un note
particulière. Quand on émet ces souffles, c’est plutôt
pour faire le ménage à l'intérieur de nous,
chasser les souffles morts, au niveau des poumons, de la rate, des
reins... A ces expirations sonores on peut d’ailleurs associer des
instruments, comme les pierres sonores, les instruments en soie,
les gongs, les cloches, les flûtes... Mais il faut également
associer à ces sons de purification les douze Liu, qui correspondent
aux demi-tons.

La légende nous dit que, bien avant notre
ère, le ministre chargé de la musique se rendit dans
une province de Chine particulièrement boisée où
il coupa des bambous de différentes tailles. Deux Phoenix
apparurent alors. Un mâle et une femelle. Chacun émit
six sons ; et en comparant ces douze sons avec ceux que produisaient
les bambous, le ministre constata qu’ils étaient identiques.
Il s’agissait de : fa, fa dièze, sol, sol dièze...
jusqu'à mi.
La première note, qui revient le plus
souvent, est le fa du second octave du piano. Ce premier son, Houang
tchong, veut dire « cloche jaune », et rappelle
le nom du fleuve jaune Houang-To qui prend sa source dans la fameuse
région où le ministre a trouvé les bambous.
L’empereur Houang-Ti fit couler douze cloches reproduisant chacun
de ces sons.
Mais pourquoi
était-on si satisfait d’avoir découvert ces douze
Liu ? P.B.
: Parce qu’ils sont en rapport avec les méridiens, avec la
circulation de l’énergie vitale, et avec notre horloge interne.
Pourtant, on s’aperçoit que, dans la pratique, on utilise
rarement ces douze notes, pour en rester, la plupart du temps, à
fa, do, sol, ré et la. Mais pour qui s’intéresse
au chant des douze Liu, j’ai eu l’idée d'associer différents
sons traditionnels aux organes et viscères creux. Cela permet
notamment de pouvoir expirer les souffles en respectant les heures
du corps. Par exemple, si on a un problème respiratoire on
va choisir la note des poumons, qui est le sol, que l’on pourra
émettre, entre trois et cinq heures, par la voix ou par un
instrument. Mais, de la même manière qu’en mantra
yoga on obtient d'aussi bons résultats avec des sons spontanés
qu’avec des sons orthodoxes, eh bien on peut aussi, dans les sons
taoïstes, expirer un souffle spontané, à condition
de bien visualiser chaque organe, chaque viscère creux, ou
le parcours du méridien...
En stage, on peut également
associer visualisation et mouvement. Pour ce faire, le Taoïsme
nous procure un certain nombre de visualisations. Par exemple, si l'on émet le son correspondant au printemps, on peut visualiser
le souffle du vent dans les branches, la forêt de pin bercée
par le vent ...
Mais, dans les sons taoïstes, il existe
aussi un rapport entre une sorte de climatologie du corps et notre
microcosme. On peut donc, non seulement associer une visualisation
de la vessie ou des reins à l'émission du son Ch’ui
- qui donne une idée d’élimination - mais on peut
également l’associer à l'image de la pluie fine qui
tombe sur les toits d'ardoises, ou à la neige qui va recouvrir
des racines.
Et le fameux sixième
son ? P.B.
: Le sixième son, Hsi, correspond au méridien Trois
Réchauffeurs, et par la relation « Mère-fils
» qui régit le passage du Ch’i d’un méridien
à un autre, au méridien Péricarde. Avec ce
son, on peut visualiser le coeur ou le péricarde qui est ce
cocon qui entoure le cœur. On sait que le péricarde contient
la lymphe qui, ésotériquement, a un très haut
pouvoir énergétique puisqu’elle est la gardienne du
rythme cardiaque et de la fonction vitale.
Comment cette
discipline se pratique-t-elle ? P.B. : En groupe, on se livre tout d’abord à un travail sur le son, la vibration,
puis avec un professeur de Tai Chi à un travail sur les énergies, et
à un moment donné on va fusionner les deux disciplines.
Et au plan thérapeutique
? P.B.
: Une recherche spécifique au niveau thérapeutique
est effectivement possible dans le sens où on va pouvoir,
par les mouvements du Tai Chi, faire un travail sur l’expansion
de l'énergie, et par les sons taoïstes établir
une relation entre les musiques du corps et celles du cosmos.
Si, par exemple, on travaille sur le recentrage dans le champ de
cinabre inférieur, et que l’on veuille obtenir un effet sur
le transit intestinal ou encore sur un état dépressif,
on modèlera l'énergie à ce niveau, et on
lui associera des sons d'enracinement dans les fréquences graves.
Dans les exercices qui se font par groupes de deux, on peut également
chercher à ressentir l’énergie au niveau des paumes,
et associer les sons qui vont exprimer la fusion des énergies,
afin d’entrer en relation avec l’autre.
Sachant que vous
travaillez aussi avec le chant harmonique, avez-vous découvert
une relation entre ce dernier et les sons taoïstes ? P.B. : Tout à
fait ! Pour émettre des harmoniques avec la voix, on modifie
la forme de la cavité buccale, ou on utilise la pointe de
la langue pour sélectionner les fréquences. Or,
cette langue nous connecte non seulement avec certaines glandes,
mais aussi avec différents points énergétiques
de la voûte du palais. Ainsi, c’est parce que la pointe de
la langue entre en contact avec le réseau des méridiens,
que les harmoniques ont une influence sur le physique et le psychique.
Propos recueillis par Jean-Baptiste
Loin Extraits de l’interview paru dans la revue TAO yin (France,
sept./oct.1998 - N°10) –Tous droits de reproduction, de traduction,
d’adaptation et d’exécution réservés pour tous
pays - All rights reserved.

"Stimulation des plexus
et des points
d'acupuncture, mise en vibration des différentes strates subtiles de
l'être, de ses notes vertébrales et ses résonances
ganglionnaires, concordance entre les sons, les couleurs,
les fragrances d'huiles essentielles, les cristaux,
les élixirs
floraux,
entre autres, la musicothérapie énergétique
que je pratique depuis une trentaine d'années
traite chaque patient dans sa globalité, dans
son concert ultime. Cette discipline
à part entière ne peut se réduire à l'approche
psychanalytique, voire art-thérapeutique, dans
laquelle la musicothérapie officielle et la
psychologie voudraient
la cantonner. Soigner par la musique est un
art noble tout comme celui de la médecine. La musicothérapie
énergétique s'inscrit comme une thérapie
de pointe car, en reliant les énergies
du corps et de l'esprit, le résonnant au transcendant,
elle est
la clé de guérison de maladies réputées incurables."
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